Biography


Juneau, Pierre

(1922-2012)

Pierre Juneau, un ardent défenseur de la souveraineté culturelle canadienne durant toute sa longue carrière, fut souvent décrit comme un homme dur et même froid.  En 1989, il se décrivait lui-même comme étant un peu timide, peu accommodant,  persistant et idéaliste. « Je suppose, disait-il, que tout ceci peut être associé à une certaine dureté. »

Issu d’une famille de cinq enfants, il a vu le jour à Verdun, dans la banlieue immédiate de Montréal. Son père était vendeur de matériaux de construction. En 1947, il épouse Fernande Martin. Ils auront deux fils et une fille. Après sa graduation de l’Université de Montréal, il se rend étudier la philosophie à l’Institut catholique de Paris et à l’Université de Paris, où il fait la connaissance du futur premier ministre du Canada, Pierre Elliott Trudeau. De retour à Montréal, Pierre Juneau est embauché par l’Office National du Film. Avec Trudeau, il fait ensuite partie du groupe qui fonda la revue Cité libre en 1950.

En 1964, il était devenu adjoint principal au commissaire et directeur de la production française à l’Office national du film. Mais en 1966, il est nommé vice-président du conseil du Bureau des gouverneurs de la radiodiffusion qui fut ensuite remplacé, en 1968, par le Conseil de la radio-télévision canadienne (CRTC). Il en devint le premier président, poste qu’il occupa jusqu’en 1975.

En 1968, à la lumière de ses préoccupations concernant la propriété étrangère des entreprises de radiodiffusion au pays, le gouvernement du Canada  adoptait un décret exigeant que toutes les licences de radiodiffusion autorisées par le CRTC soient détenues par des Canadiens dans une proportion minimum de 80%.  Pierre Juneau a alors indiqué aux radiodiffuseurs que leurs stations devaient refléter la société canadienne et que des quotas de contenu étranger seraient fixés.

Le CRTC créa également une politique relative au contenu canadien de la musique diffusée par les stations de radio, déterminant qu’au moins 30% des pièces musicales jouées en ondes devaient être canadiennes.  En 1970, Juneau fut proclamé l’homme de l’année par l’industrie canadienne de la musique, et en 1971, les prix annuels de la musique canadienne créés en 1964 par RPM Magazine, changèrent de nom pour s’appeler dorénavant les prix JUNO, en l’honneur de Pierre Juneau, mais en prenant l’orthographe de la déesse du Panthéon romain.

Toutefois, la politique du CRTC d’interdire l’utilisation de micro-ondes par l’industrie du câble pour transporter des signaux américains de télévision à des communautés canadiennes qui ne pourraient les recevoir autrement, a connu moins de succès.

En août 1975, le premier ministre Trudeau nommait Juneau ministre des communications, mais ce dernier devait démissionner deux mois plus tard, après avoir perdu l’élection partielle dans le comté d’Hochelaga, sur l’île de Montréal.  Trudeau l’a alors nommé conseiller politique et en 1976 il se retrouve président de la Commission de la capitale nationale. En 1980, il est nommé sous-ministre des communications en plus d’occuper des fonctions comme sous-secrétaire d’État.

En 1969, Pierre Juneau avait déclaré que la Société Radio-Canada ne faisait pas assez d’efforts pour promouvoir l’unité nationale.  En 1982, il en devient le président et il est rapidement accusé de centraliser tous les pouvoirs décisionnels à son bureau d’Ottawa.  En 1983, le vice-président de la Société, Peter Herrndorf, démissionnait en signe de protestation, bien qu’il fut plus tard cité par le Globe & Mail en disant que Juneau « défendait très bien les intérêts de Radio-Canada. Il ne fut pas capable d’éviter les coupures budgétaires, mais je ne suis pas certain que quelqu’un d’autre aurait pu le faire. C’était une période très difficile. » Durant cette période, la Société a en effet dû absorber des réductions de budget de $100 millions, en plus de subir l’hostilité ouverte du gouvernement progressiste-conservateur qui avait succédé aux libéraux de Trudeau.  Durant le mandat de  Juneau, le centre canadien de radiodiffusion de CBC fut construit à Toronto, centralisant ainsi des opérations qui étaient dispersées dans la ville.  C’est en 1987, que fut également lancé le canal de nouvelles continues NewsWorld.

Juneau s’est retiré en 1989.  En 1994, il a repris momentanément ses activités pour superviser l’exploitation de Maclean Hunter Ltd jusqu’à ce que le CRTC approuve l’achat de la compagnie par Rogers Communications Inc. au coût de $3.1 milliards.

Pierre Juneau fut nommé Officier de l’Ordre du Canada en 1975.  Il fut également membre de la Société royale du Canada, une organisation fondée en 1882 pour promouvoir les sciences, les arts et les lettres au Canada.

C'est en 2004 que Pierre Juneau fut admis à l'Ordre du mérite de l'ACR.

Pierre Juneau est décédé le 21 février 2012.

 Leonard Katz, président par intérim du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a fait la déclaration suivante concernant le décès de Pierre Juneau :

« C'est avec tristesse que nous apprenons le décès de Pierre Juneau, qui a joué un rôle essentiel dans la promotion de la culture canadienne au cours de sa longue carrière au service du Canada. Nous sommes particulièrement reconnaissants de la direction qu'il a su donner au CRTC alors qu'il en était le premier président de 1968 à 1975. Nous unissons notre voix à celle de la population canadienne pour souligner son apport historique à titre d'architecte de la réglementation du contenu canadien et de ce fait, à l'émergence d'une industrie culturelle dynamique et florissante. Sa ferveur et son discernement nous manqueront profondément. Nous offrons nos sincères condoléances aux membres de sa famille et à ses proches. »

 

 

Rédigé par Yvon Chouinard - November, 2004

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